« Pyrography » est sorti en 2011. L’album n’a pas marché, mais son succès d’estime relatif permettait alors de diluer le souvenir de Kraftwerk dans la magie du funk et de la French Touch. Le disque house le plus ouvert de la décennie ?
“J’ai grandi en écoutant Kraftwerk, j’adorais ce groupe. Si Kraftwerk décidait de composer des morceaux funk aujourd’hui, je pense que le résultat ressemblerait à cet album ». Pour décrire les dix-huit pistes de son disque indispensable sorti en 2011, Osunlade osait à l’époque le blasphème ultime. La démesure de l’analogie avait au moins le mérite d’attirer l’attention sur son auteur.
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Un grand gaillard aux oreilles sur-écartées par des piercings en forme de cendriers, légende underground de la house des 90s aux États-Unis et créateur du label Yoruba Records – structure sur laquelle son amour pour l’électronique percute l’âme et la puissance des rythmes ouest-africains depuis 1999.
Originaire de St Louis, dans le Missouri, passé par Chicago, New-York ou Los Angeles, Osunlade a profité de son expérience de la géographie américaine pour se tisser un réseau éclectique et travailler dans l’ombre d’artistes aussi variés que Cesaria Evora, Roy Ayers, Patti Labelle ou Salif Keita. Ce n’est qu’à partir de 1999 que sa carrière solo démarre réellement, grâce à la nouvelle grammaire rythmique qu’il invente sur son propre label obsédé par la deep-house et la culture Yoruba. Surproductif, l’Américain empile alors les singles, les remixes, les DJsets, et réussit à auto-produire cinq albums d’intentions et de qualité franchement inégales. Après un bref passage par Porto Rico, le musicien a mis le cap sur l’Europe au début des années 2000.
Depuis dix ans, c’est en Grèce qu’il faut se rendre pour trouver trace d’Osunlade. Et c’est sur l’île de Santorin, au bord de la mer Egée, que le producteur américain a composé son plus grand disque : Pyrography. Un album bizarrement oublié des mémoires, des podiums et des palmarès de fin d’année, et pourtant perclus de tubes immédiats aussi faciles à aborder qu’à playlister.
Si No Way, A Day Without You ou double Yeku brillent par leur capacité à rentrer dans la tête en quelques mesures, sur la longueur, l’album se caractérise par une incroyable précision dans les genres qu’il aborde et qu’il démonte. Certains morceaux comme Im Happy ou Pheramones rappellent l’early French Touch de St Germain, d’autres s’attaquent au hip-hop (Trinity Ov Me), d’autres encore présentent une approche dépouillée de la techno (The Distance). A la fois électronique et organique, Pyrography réussit l’exploit de synthétiser des références fascinantes a priori éloignées. Le funk heureux du Michael Jackson époque Off The Wall inonde la plupart des morceaux chantés tandis que les synthés crache l’héritage de la house de Chicago sur les parties instrumentales. Et quand la voix vocodée d’Osunlade souffle le mot Idiosyncracy sur une ligne de beats et de claps ultra-addictifs, impossible de ne pas penser à une version actualisée de l’album Radio-Activity anticipé par les génies de Kraftwerk en 1975.
ÉCOUTEZ PYROGRAPHY EN INTÉGRALITÉ
Jamais édité en vinyle, Pyrography est introuvable sur YouTube. Obsédé par sa (sur)production, Osunlade a profité des 36 derniers mois pour sortir deux nouveaux albums. Peacock, le dernier en date, s’écoute, se commande et se télécharge à cette adresse. Un disque plus instrumental, moins démonstratif, mais riche de huit inspirations (bien) produites aux frontières de l’ambient et de la pop. Pour assurer sa promotion, Osunlade tourne toujours dans les rares festivals qui ont la bonne idée de l’inviter. Entre deux dj sets à Montréal ou à Hollywood, la carrure de colosse du musicien domine toujours Santorin, l’île grecque qu’il habite depuis une décennie et sur laquelle il a fêté ses 45 ans en début d’année.
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