Piochées dans l’univers musical, cinématographique ou pictural, les sept icônes choisies par Sébastien Tellier nous renseignent encore davantage sur la personnalité du musicien barbu, autant fasciné par leur look que par leur personnalité.
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Paul Verhoeven
“La période américaine de Paul Verhoeven, avec des longs métrages comme RoboCop (1987), Showgirls (1992) ou Starship Troopers (1997), correspond aux années où je consommais beaucoup de films et où je me projetais complètement à travers le cinéma. J’apprenais à vivre en regardant des films toute la journée. L’adolescence est une période de la vie où l’on est facilement influençable, et je cherchais à m’identifier en permanence aux autres. Paul Verhoeven était alors au sommet de son art, il m’impressionnait, même physiquement.
J’aimais bien son look avec ses cheveux mi-longs, son image de provocateur hyperintelligent et toujours bien sapé. L’idée qu’un Européen se transforme en Américain me fascinait totalement. Sa filmographie mélange savamment des choses très commerciales avec des thèmes plus profonds. J’apprécie autant ses figures de style, ses effets pyrotechniques que son utilisation de la musique à l’image. Cela fait longtemps que je n’ai pas vu de films de lui, je ne sais d’ailleurs même pas si Paul Verhoeven est encore vivant…”
Robert Smith
“The Cure a commencé à sortir des hits énormes lorsque j’étais encore enfant, au début des années 1980. Je regardais le Top 50 à la télévision le samedi soir chez mes parents et je voyais tout le temps Robert Smith à l’écran. Je me souviens encore du clip de Close to Me (1985), où les musiciens étaient enfermés dans une armoire au bord d’une falaise. J’adorais la musique de The Cure et Robert Smith me fascinait totalement, avec son look bizarre et son air mélancolique. Mais jamais il ne m’a effrayé, je le trouvais même éminemment sympathique, doux. Robert Smith m’a conforté dans l’idée que plus tu es excentrique, plus tu es gentil. J’aime bien son côté caméléon, puisque le même Robert Smith est capable de porter des grosses baskets, comme dans le clip de Friday I’m in Love (1992).
Non seulement il sait tout faire, mais tout lui va. J’ai eu la chance de voir The Cure à de nombreuses reprises, et notamment dans des festivals où j’étais également programmé. J’ai donc pu admirer le groupe depuis la scène. Dans une vieille interview, Robert Smith racontait qu’il était hors de question pour lui de jouer sur une guitare accordée, ce qui a achevé de me le rendre définitivement attachant alors que mon père m’avait expliqué le contraire pendant des années. Ce fut comme une révélation.”
Salvador Dalí
“Un autre grand excentrique. L’été dernier, j’ai vu une exposition Dalí à Monaco, où j’ai découvert plein de choses que j’ignorais encore sur lui. Il y avait notamment des extraits de ses carnets, où il établissait des classements d’artistes, en leur attribuant des notes. Une approche très calculatrice et mesquine des relations humaines. Il y a parfois des défauts qui sont vus comme des qualités pour les artistes. Dalí était un grand coquin, qui se jouait des autres autant que de lui-même. Pour moi, Dalí est un exemple absolu d’acharnement. Il a passé sa vie à s’acharner, malgré les critiques féroces qu’il a subies. Car on l’a vraiment pris pour un charlatan. Attaqué de toutes parts, il ne s’est jamais démonté. Je suis très admiratif. Il y a des milliards de personnes sur Terre, mais être Dalí n’est pas donné à tout le monde.”
George Michael
“La base de la base de la base. George Michael, ça me rappelle mon CD de Faith (1987). Comme Robert Smith, je voyais George Michael au Top 50. Le samedi après-midi, j’écoutais George Michael en chialant, allongé sur le dos dans ma chambre de banlieue. J’ai grandi dans une ville à quarante bornes de Paris, Eragny-sur-Oise (95), qui était à la fois très trippante par son architecture à l’américaine et tellement déprimante. Il n’y avait aucun panache. Ce sont des années où j’étais vraiment triste. Quand George Michael est mort, tout le monde en France s’est moqué de lui sous prétexte qu’il portait des shorts en jean. J’ai toujours admiré son style, sa coiffure, sa manière de porter ses chemises ou ses blousons. Il était overstylé.
George Michael était un modèle pour moi, même si on n’a évidemment pas du tout le même physique (sourire). Il a été une influence vocale, comme Christophe. Ce sont des mecs qui m’ont fait rêver. Je me souviens aussi de son duo avec Elton John, Don’t Let the Sun Go Down on Me (1998). C’était une période où George Michael avait un peu changé de look, avec une moustache plus prononcée, les cheveux plus courts. Son raffinement à l’anglaise était dément. Il s’emparait d’une mélodie à 100 %, en la faisant ressentir comme personne. George Michael reste la plus belle voix internationale.”
Robert Wyatt
“Mon père était fan de Pink Floyd et on écoutait religieusement l’album Atom Heart Mother (1970) le dimanche matin. C’était quasiment de l’endoctrinement, même si je trouvais ça génial. Dans les articles de presse à propos de Pink Floyd, je lisais toujours le nom de Robert Wyatt. Un beau jour, par le biais du père d’un ami, j’ai découvert Rock Bottom (1974). Le choc émotionnel absolu ! Tout ce que je pensais du Floyd s’est effondré. J’avais l’impression d’entendre Pink Floyd en cent fois mieux. C’est comme si tout à coup j’étais assis à côté de Van Gogh. Je ressentais une intensité totale, un investissement complet dans sa musique.
Une fois, avec mes potes banlieusards du 95, on nous avait prêté un appartement rue du Faubourg-Saint-Honoré, on crevait de chaud en plein été et nous écoutions en boucle Rock Bottom de Robert Wyatt. C’étaient des moments magiques et hors du temps, il n’y avait plus aucune règle de vie, on dormait n’importe quand. Ecouter Rock Bottom nous rendait extrêmement intéressants, comme si nous étions en train de réaliser quelque chose d’important. Quand je marchais dans la rue, j’avais l’impression d’être plus intelligent que la moyenne. Rock Bottom me donnait un sentiment de puissance.”
Michael J. Fox
“Son personnage de Marty McFly dans Retour vers le futur (1985) m’a énormément marqué. Adolescent, j’étais pensionnaire à l’internat de Saint-Martin-de-France à Pontoise (93) et le mercredi après-midi, on avait le droit de voir un film quand il pleuvait. Michael J. Fox avait une classe monumentale avec ses Converse noires. La semaine d’après, toute l’école avait les mêmes baskets. Sauf moi, qui avais eu des imitations, des Creeks orange… (Sourire) Retour vers le futur est aussi un film avec lequel je me suis construit parce que Marty McFly représentait la bonté, la coolitude, une forme de savoir-vivre absolu. Il représentait le symbole du mec cool, à la fois sympa, futé et débrouillard. Pour un mec de ma génération, quand on a un petit garçon, on aimerait en faire un Marty McFly pour qu’il soit aussi cool et sympa.”
https://www.youtube.com/watch?v=trimBK-h79E
François de Roubaix
“François de Roubaix fait partie de ma vie depuis toujours. Mon père l’adorait et le premier morceau que j’ai appris à jouer au piano, c’était sa musique pour Le Vieux Fusil (1975). Je le trouvais magnifique avec sa barbe et ses cheveux longs, sur les pochettes des vinyles entreposés à la maison. J’étais immédiatement plongé dans son monde. C’est quelqu’un qui me plaisait autant physiquement que musicalement. François de Roubaix a réussi une forme de perfection, en composant une musique très émouvante et très expérimentale.
C’était un compositeur avant-gardiste pour l’époque. Sa manière de régler les synthétiseurs et de trouver des textures sonores était unique. François de Roubaix a été un exemple dans mon enfance et mon adolescence. Je voulais lui ressembler à tout prix. J’aimerais avoir la même position artistique que lui, en étant à la fois touchant et inventif. Ce sont les deux qualités premières pour un morceau de musique. François de Roubaix m’éblouissait.”
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