Ça y est : on vous dévoile les 25 premiers de notre top 100 des films des années 1980 ! Avec cette fois, des jeunes gens modernes qui dansent sur de la synthpop, un inquiétant labyrinthe d’arbustes, une oreille coupée, des CRS qui matraquent en chantant, une sans-abri qui marche dans la neige et un psy qui traite ses patient·es à coup de lames de rasoir.
Le top 100 a été réalisé à partir des classements individuels de Philippe Azoury, Ludovic Béot, Patrice Blouin, Alexandre Büyükodabas, Bruno Deruisseau, Marilou Duponchel, Hélène Frappat, Jacky Goldberg, Murielle Joudet, Thierry Jousse, Olivier Joyard, Jean-Marc Lalanne, Gerard Lefort, Jean-Baptiste Morain, Léo Moser, Camille Nevers, Théo Ribeton.
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Les notules sont rédigées par Paul Courbin, Bruno Deruisseau, Marilou Duponchel, Jean-Marc Lalanne, Jean-Baptiste Morain, Léo Moser, Théo Ribeton.
25. La Valse des pantins de Martin Scorsese (États-Unis, 1983). Avec Robert De Niro, Jerry Lewis
Le titre est emblématique d’une veine bouffonne, farcesque et perverse de Scorsese qui parcourt son œuvre en filigrane, mais il forme ici le cœur battant d’un film sur un déséquilibré obsédé par la comédie, et plus exactement par le spectacle léger et élégant des late shows (Johnny Carson refusa le rôle finalement échu à Jerry Lewis). Scorsese en tire une parabole prophétique sur la morbidité secrète du rire et des médias, comme un cauchemar et un grand éclat de rire à la fois. Avec After Hours, son film le plus ambigu et fellinien. T.R.
24. La Femme d’à côté de François Truffaut (France, 1981). Avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant
Après un grand film inclusif sur l’amour (Le Dernier Métro, ode hédoniste aux sérénades amoureuses à trois pacifiées), un grand film exclusif. Toi sinon personne ; mais ni avec toi ni sans toi. Rarement la douleur d’aimer n’a trouvé une forme aussi éloquente. Le film a l’élégance stylisée d’un film noir criminel. Nulle part ailleurs l’amour n’a fait si peur. J.-M.L.
23. Golden Eighties de Chantal Akerman (France, 1986). Avec Lio, Delphine Seyrig, Charles Denner
Comment se remettre d’avoir fait Jeanne Dielman à 25 ans, cette œuvre-monstre, cette pure décharge de génie ? Dans les années 1980, le cinéma de Chantal Akerman cherche du côté de la danse une voie plus légère, plus mineure – peut-être pour se libérer de cette prison qu’a très vite constituée la puissance totémique de son œuvre phare. Après un documentaire sur Pina Bausch, elle se lance dans une comédie musicale à la Demy, où les chassés-croisés amoureux sont entièrement situés dans le sous-sol d’une galerie commerciale. Dans ce monde marchand sans extériorité, l’amour n’est peut-être qu’un rêve, dans une féerie moderne, plus acide qu’acidulée. J.-M.L.
22. Sans toit ni loi d’Agnès Varda (France, 1985). Avec Sandrine Bonnaire, Macha Méril, Yolande Moreau, Stéphane Freiss
Avec Cléo de 5 à 7 et Glaneurs et Glaneuses, sans doute le plus beau film d’Agnès Varda, qui sent l’air du temps comme elle respire. Là, elle s’inspire de la mort d’une jeune SDF pour tenter d’imaginer ce que fut sa vie, ses derniers jours d’errance. Un personnage pas forcément sympathique dont Varda respecte jusqu’à l’opacité. J.-B.M.
21. Love Streams de John Cassavetes (États-Unis, 1984). Avec John Cassavetes, Gena Rowlands, Diahnne Abbott
Le dernier film de Cassavetes, déjà très malade. Des retrouvailles entre une femme et un homme quinquagénaires errants, en rupture familiale, qui s’aiment beaucoup et dont on découvrira assez tard qu’ils sont en réalité frère et sœur. Un film troublant et déchirant. J.-B.M.
20. Dead Zone de David Cronenberg (États-Unis, 1983). Avec Christopher Walken, Brooke Adams
C’est l’histoire d’un handicap qui devient une puissance. C’est l’histoire d’une puissance qui devient un fardeau. C’est l’histoire d’un homme qui, pour sauver le monde, devra faire le sacrifice de sa vie. En arpentant ce trajet christique, Christopher Walken convertit toute son inquiétante étrangeté en aura messianique. Il n’a jamais été aussi bouleversant. Aucun film de Cronenberg n’est aussi simplement émouvant. Et, bien que moins révérée que Shining, Dead Zone compte parmi les plus éblouissantes adaptations d’une œuvre de Stephen King. J.-M.L.
19. Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais (France, 1980). Avec Nicole Garcia, Gérard Depardieu, Pierre Arditi, Roger Pierre
Des travaux sur le comportement animal et humain du professeur Henri Laborit, qui intervient dans le film pour exposer, Alain Resnais et son scénariste Jean Gruault tirent un film lui-même expérimental, onirique, mettant en scène un panel de personnages soumis aux angoisses de la vie et y réagissant selon des lois animales éternelles. Un des quatre films de Gérard Depardieu dans ce classement. Catherine Deneuve obtient le même nombre d’occurences. Seul·es Isabelle Huppert et Jean-François Stévenin font plus. J.-B.M.
18. Fanny et Alexandre d’Ingmar Bergman (Suède, 1982). Avec Ewa Fröling, Bertil Guve, Pernilla Allwin
Film ou série ? Les deux, puisque Bergman en proposa deux versions. Le déjà vieux maître suédois replonge dans son enfance et en fait revenir les fantômes. Cette histoire de deux enfants mêlés à des adultes dont les drames les dépassent est l’un de ses films le moins pessimiste, le plus lumineux et magique, malgré sa cruauté. J.-B.M.
17. Faux-semblants de David Cronenberg (États-Unis, 1988). Avec Jeremy Irons et Geneviève Bujold
Cinéaste le plus cité de ce classement avec pas moins de quatre occurrences, Cronenberg serait de ce point de vue le plus grand cinéaste de la décennie 1980. Son œuvre hantée par la thématique de la fusion (homme-animal, homme-machine ou homme-monstre) prend dans Faux-semblants l’apparence du duo de jumeaux partageant tout : la même identité, la direction du même cabinet de gynécologie de renom et les mêmes femmes. Jusqu’au jour où l’une d’elles vient remettre en cause ce pacte fraternel. De ce point de vue, Faux-semblants prend l’habituel chemin des films de Cronenberg à rebrousse-poil, puisqu’il s’agit là du récit d’une scission plutôt que d’une fusion. B.D
16. Blow Out de Brian De Palma (États-Unis, 1980). Avec John Travolta, Nancy Allen
Rencontre au sommet entre Blow-Up d’Antonioni et Conversation secrète de Coppola, Blow Out, dont le titre programmatique ne fait pas mystère de ses influences, est le chef-d’œuvre paranoïaque de De Palma, l’héritier halluciné des films de complots des années 1970 et du cinéma d’espionnage post-Watergate. Fidèle à lui-même, De Palma déploie toute sa maestria formelle pour faire de cette histoire d’ingénieur du son qui met à jour un vaste complot lors d’une séance de mixage un formidable objet théorique, où la forme épouse le fond et où le monde devient une suite de faux-semblants que seul le cinéma pourra déjouer. L.M.
15. The Thing de John Carpenter (États-Unis, 1982). Avec Kurt Russell, Wilford Brimley
Une “chose” venue d’ailleurs, sans forme propre, s’infiltre dans les corps pour tuer indétectablement. Dans le décor blanc comme la mort d’une station antarctique, Carpenter touche une épure d’angoisse venue de loin, de la novella originale de Campbell, de Lovecraft aussi (l’horreur cosmique, l’informe, l’inhumain). Elle a elle-même traversé le siècle pour prendre la forme de ses peurs, passant par la paranoïa maccarthyste (dans l’adaptation de Hawks de 1951, moins bien) et atteignant ici d’autres choses : la crise de la masculinité, la fatigue de ses archétypes contreculturels, mais aussi le sida. T.R.
14. Pulsions de Brian De Palma (États-Unis, 1980). Avec Michael Caine, Angie Dickinson
Body Double = Vertigo (femme doublure pour couvrir un meurtre) + Fenêtre sur cour (le voyeur témoin d’un meurtre). Pulsions = Vertigo (filatures, scène du musée) + Psycho (crossdressing et meurtres à l’arme blanche). Les récits de Brian De Palma sont des équations hitchcockiennes. En combinant différemment toujours les mêmes éléments de deux ou trois films totems, on peut dérouler une infinité de récits. De Palma se déguise en Hitchcock comme son personnage de psy meurtrier se travestit en tueuse blonde pour accomplir ses forfaits. C’est un cinéma de fétichiste fou, un exercice de maniérisme grandiose, où l’on ne sait plus ce qui de l’original et de la copie sublime l’autre. J.-M.L.
13. L’Argent de Robert Bresson (France, 1983). Avec Christian Patey, Caroline Lang
Inspiré d’une nouvelle de Dostoïevski, L’Argent est le dernier film de Robert Bresson, qu’il réalise à 84 ans. L’auteur de Pickpocket y atteint la quintessence de son art. Le film est un mécanisme narratif et esthétique implacable. Chaque palier du récit, chaque plan tombe comme un couperet. La fable morale ouvre sur un abîme métaphysique. “Ô Argent ! Dieu visible…”J.-M.L.
12. Body Double de Brian De Palma (États-Unis, 1984). Avec Craig Wasson, Melanie Griffith, Gregg Henry
Le mieux classé des films du cinéaste présents dans ce classement, devant Pulsions et Blow Out, tous dans un mouchoir de poche entre la 12e et la 16e place. Variation sur deux des plus grands films de son maître, Sueurs froides et Fenêtre sur cour d’Hitchcock, il convoque aussi l’un de ses premiers films, Hi Mom! (1970), premier rôle principal de Robert De Niro. Body Double raconte l’enquête de Jake Scully, un acteur claustrophobe et cocufié, qui tente de retrouver la femme qu’il épie chaque soir à sa fenêtre. Réflexion sur la pulsion scopique, la puissance du regard panoptique et la proximité entre pornographie et cinéma, Body Double est une fascinante mécanique théorique. B.D.
11. Shining de Stanley Kubrick (États-Unis, 1980). Avec Jack Nicholson, Shelley Duvall
La tentation est forte d’entrer en état de surchauffe interprétative devant les films sursignifiants, sursymboliques et dépourvus de hasard de Kubrick. Son incursion dans l’horreur décroche la timbale : récemment, le docu Room 237 lui prêtait des significations cryptées du côté du génocide amérindien, de la Shoah ou des conspirations de la lune – théories variablement recevables quand on sait que Stephen King abordait plus modestement l’alcoolisme et la famille américaine. Quarante ans après, le mystère demeure, tapi dans les motifs d’une moquette ou le numéro sur une porte : de quoi parle Shining ? T.R.
10. À nos amours de Maurice Pialat (France, 1983). Avec Sandrine Bonnaire, Evelyne Ker, Dominique Besnehard
L’un des plus beaux films de Pialat, l’un de ses plus tendres, au-delà des scènes de crise familiale, puisqu’il y dresse le portrait d’une adolescente, Suzanne, qui aime la vie. Et puis c’est la découverte d’une grande actrice, Sandrine Bonnaire, 16 ans, qui réussit même à faire sourire l’ombrageux Maurice Pialat dans le rôle de son père. La grâce. J.-B.M.
9. La Porte du paradis de Michael Cimino (États-Unis, 1981). Avec Kris Kristofferson, Isabelle Huppert, Christopher Walken
Avec Voyage au bout de l’enfer (1978), le jeune Cimino s’envole au paradis : Oscars, triomphe critique et public… Trois ans plus tard, avec La Porte du paradis, il descend en enfer. Saboté au montage à sa sortie, échec public cinglant, le film va cheminer pendant plusieurs décennies et, au fil de remontages successifs, glaner une aura de chef-d’œuvre maudit. De fait, le film est sublime, d’une splendeur plastique sidérante et d’une véhémence politique féroce (qui lui a probablement coûté ce long recours en grâce). Il s’agit aussi du deuxième film d’Isabelle Huppert dans ce top ten. J.-M.L.
8. Il était une fois en Amérique de Sergio Leone (États-Unis, 1984). Avec Robert De Niro, James Woods, Elizabeth McGovern
Le dernier projet de Sergio Leone est assez magistral. Sur le papier pourtant, Il était une fois en Amérique est un film de gangsters. Mais le cinéaste italien y mêle toutes ses obsessions sur le temps, la violence, la mémoire, le sexe, son fantasme d’Amérique. À moins qu’il ne s’agisse que d’une histoire inventée par un fumeur d’opium. J.-B.M.
7. Une chambre en ville de Jacques Demy (France, 1982). Avec Danielle Darrieux, Richard Berry, Dominique Sanda, Michel Piccoli, Jean-François Stévenin
Après une décennie 1970 un peu erratique, Demy revient au cinéma avec un drame social opératique, où l’amour fou et la lutte des classes se télescopent dans un fracas d’un lyrisme et d’une intensité inouïs. Les grévistes chantent sur les barricades et les CRS les matraquent en vocalisant. Le film prend tous les risques. Il est prodigieux de puissance et de maîtrise. Total chef-d’œuvre. J.-M.L.
6. Blue Velvet de David Lynch (États-Unis, 1986). Avec Laura Dern, Kyle MacLachlan, Isabella Rossellini, Dennis Hopper
Plus on revoit les films de Lynch, plus la manière dont ils illustrent, dans une forme parfois opaque et extrêmement élaborée, les sentiments humains les plus prosaïques nous saute aux yeux. Si Elephant Man, qu’on retrouvera plus loin dans ce classement, est l’évident récit de la difficulté à vivre avec une différence, Blue Velvet, son quatrième film après l’échec publique de Dune, raconte la façon dont deux jeunes ingénus (joués par Kyle Maclachlan et Laura Dern) vont faire l’expérience de l’étrangeté du monde, s’y confronter, perdre leur innocence et entrer dans le monde des adultes. Comme souvent chez Lynch, le trouble vient d’un dérèglement de la psyché, en l’occurrence celle des personnages joués par un Dennis Hopper déchaîné en pervers psychopathe et par une Isabella Rossellini en chanteuse de cabaret névrosée et détruite. B.D.
5. Sauve qui peut (la vie) de Jean-Luc Godard (France, 1980). Avec Jacques Dutronc, Nathalie Baye, Isabelle Huppert
Le grand retour de Godard au cinéma, au scénario (Jean-Claude Carrière) et aux acteur·trices (Dutronc, Baye, Huppert), après sa période Mao et sa parenthèse grenobloise consacrée à la vidéo. Un film important où le cinéaste franco-suisse crée plus ou moins le dispositif de tous ses films de fiction à venir : jeu distancié des acteur·trices, plans très cadrés et souvent fixes… Mais il propose aussi certains traits stylistiques qui lui sont propres, comme ces hallucinantes décompositions de scènes images par images, avec des effets de saccades, où se mêlent accélérations et ralentis. Sur le fond, le film noue un passionnant dialogue avec le film classé juste au-dessus (Le Pont du Nord) : on y voit en direct la société française se recomposer à l’aube des années 1980. Une décennie dure, individualiste, où les corps et les sentiments deviennent des marchandises comme les autres. J.-M.L. & J.-B.M.
4. Le Pont du Nord de Jacques Rivette (France, 1981). Avec Bulle Ogier, Pascale Ogier, Jean-Pierre Kalfon, Jean-François Stévenin
Paris, 1981. Le giscardisme agonise dans une escalade de scandales (diamants de dictateur africain, meurtre de ministre). Les espoirs de 1968 sont définitivement écrasés. Les années 1980 vont les dissoudre dans une conversion à l’économie de marché. Le Pont du Nord raconte ça : le déphasage désenchanté d’une génération utopiste (celle de Bulle Ogier) et la combativité guerrière, punk, de la suivante (celle de Pascale Ogier). Don Quichotte et Sancho Panza sont convertis en mère et fille dans un Paris en forme de jeu de l’oie. Un conte exaltant où s’embrassent le poétique et le politique. Et Pascale Ogier de classer deux films dans nos quatre premiers ! Forever love… J.-M.L.
3. Peggy Sue s’est mariée de Francis Ford Coppola (États-Unis, 1986). Avec Kathleen Turner, Nicolas Cage
Et si ce “petit” film de commande passé entre les mains de réalisateurs successifs avant Coppola et conçu comme un Retour vers le futur pour seniors, était en fait le plus beau film de son auteur ? Peggy Sue s’est mariée est d’une splendeur magique. C’est le récit énamouré et bouleversant d’une femme mature qui fait l’expérience folle de voir converger tout ce qu’elle a été et tout ce qu’elle sera, tout ce qu’elle a aimé, tout ce qu’elle a perdu et tout ce qui (provisoirement ?) lui est restitué. C’est un mélodrame radieux, une comédie qui fait pleurer, un teen movie en surface et une ghost story en profondeur. Bref une œuvre faussement mineure et vraiment immense. J.-M.L.
2. Le Rayon vert d’Éric Rohmer (France, 1986). Avec Marie Rivière, Béatrice Romand
Cinquième film issu du cycle des Comédies et Proverbes, Le Rayon vert illustre ce vers tiré du poème de Rimbaud, Chanson de la plus haute tour : “Ah ! que le temps vienne où les coeurs s’éprennent.” On trouve dans ces mots ce qui rend le chef-d’œuvre de Rohmer aussi unique dans l’histoire du cinéma, à savoir que jamais film n’avait raconté avec une telle finesse et un tel génie l’étroite relation existant entre sentiment et atmosphère, entre la quête amoureuse et l’espace-temps dans laquelle elle se déploie. Après s’être fait lâcher par une amie avec qui elle devait partir en vacances, Delphine (jouée par Marie Rivière, qui livre là son meilleur rôle, et qui sera créditée en tant que coscénariste de ce film aux dialogues improvisés) traîne son spleen estival et sa solitude amoureuse aux quatres coins de l’Hexagone. De la Manche à la côte Atlantique en passant par les Alpes, l’intériorité de Delphine et son environnement s’interconnectent au gré des signes du hasard, des accalmies sentimentales, des tempêtes dans un crâne et de cette sublime éclaircie finale, qui donne son titre au film. B.D.
1. Les Nuits de la pleine lune d’Éric Rohmer (France, 1984). Avec Pascale Ogier, Fabrice Luchini et Tchéky Karyo
Au sommet de notre top, très logiquement, pas seulement un film des années 1980, mais LE film sur les années 1980. L’aïeul de la Nouvelle Vague (Éric Rohmer a 64 ans en 1984) catapulte d’un coup ses études marivaudiennes de la psyché amoureuse dans la jeunesse parisienne la plus “branchée” (néologisme d’époque). Il délègue alors à son interprète principale, Pascale Ogier, à jamais sublime et disparue trop tôt, la direction artistique du film. Elli & Jacno, duo magique de la synthpop hexagonale, accompagnent de leurs gymnopédies électroniques les allées et venues de la jeune fille entre Paris et banlieue, conjugalité straight et rêve de célibat à mi-temps. Implacable théorème de l’aveuglement amoureux, poème amoureux d’un vieux maître qui laisse la plus ensorcelante de ses modèles prendre les rênes de son film, photomaton démentiellement stylé d’une époque, Les Nuits de la pleine lune encapsule avec une grâce et une acuité incomparables les années 1980. J.-M.L.
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