L’agitprop des ultras américaines fait des émules : à Paris, des féministes ont défilé contre le viol et pour le droit à s’habiller comme bon leur semble.
« En jupe ou en burqa, mon corps, c’est mon droit.” Dimanche, à Paris, les passants ont vu défiler un drôle de cortège. Minishorts et bas résille pour certaines, survêt pour d’autres, hommes en jupe et mères de famille… Un joyeux bordel d’une petite centaine de personnes pour la première Marche des salopes européenne.
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Cette marche s’inspire des “slutwalks”, largement popularisées en Amérique du Nord ces dernières semaines. A l’origine, les paroles d’un policier à l’université de Toronto. Il a déclaré, lors d’un cours, que si les femmes voulaient éviter d’être violées, il fallait qu’elles arrêtent de s’habiller “comme des salopes”. Choquées, des milliers de femmes sont descendues dans la rue pour protester contre cette stigmatisation, elles ont très vite été imitées dans d’autres villes du continent. Chaque marche est résolument festive et exubérante. Les participantes, outrageusement sexy, défilent en portant des pancartes “Proud Slut” (“Fière d’être une salope”).
A Paris, ce sont les associations Etudions gayment et Ladyfest, organisatrice de concerts dans le monde entier, qui ont lancé le mouvement. Les slogans et les pancartes sont les mêmes.
« On se bat pour se réapproprier notre corps »
Estelle, perchée sur douze centimètres de talons rose fluo, minishort, décolleté plongeant et lunettes léopard, crie dans le haut-parleur : “La révolution, avec des talons !” Elle milite depuis plusieurs années dans les associations féministes et revendique la possibilité de s’habiller “comme elle veut. Mais ça marche dans les deux sens. C’est pas parce que tu mets un survêt que tu dois te faire traiter de gouine”. Elle cite l’exemple d’une amie lesbienne, violée par un garçon parce qu’il la trouvait “trop masculine. Il voulait la corriger… Nous, on se bat contre ça, pour se réapproprier notre corps”, explique-t-elle.
Même si la manifestation était prévue depuis trois semaines, l’affaire DSK lui a donné une autre dimension. Flore, 31 ans, est venue avec sa mère. “On a banalisé les violences faites aux femmes, c’est très grave”, déplore-t-elle. Morgane, présidente d’Etudions gayment, confirme : “On a toutes été très choquées par le traitement médiatique de l’affaire DSK.”
Après trois heures de défilé, le cortège se termine place Stravinsky, à côté du Centre Pompidou où, à la suite de l’appel lancé conjointement par La Barbe, Paroles de femmes et Osez le féminisme !, un autre rassemblement commence. Les militantes d’Osez le féminisme ! préparent des tracts tout en expliquant pourquoi elles n’ont pas voulu se joindre à la Marche des salopes.
“On n’est pas d’accord avec leur mot d’ordre. Nous, on est contre la burqa et contre la prostitution par exemple, explique Caroline De Haas, présidente du mouvement. C’est dommage, elles se sont coupées d’une grande partie du mouvement féministe.”
Finalement, les groupes se mélangent, les militantes à talons et bas résille côtoient les féministes historiques. Caroline De Haas s’en félicite : “Sur le thème DSK, on a réussi à faire l’unité.” Et Morgane en profite pour sortir discrètement des ballerines de son sac : “Trois heures sur des talons, j’en peux plus…”
Cerise Sudry-Le Dû
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