Le mariage tant attendu des deux maîtres de l’érotique gore japonais, Suehiro Maruo et Edogawa Ranpo.
L’union entre Suehiro Maruo et Edogawa Ranpo relevait de l’évidence. Le chantre moderne du manga érotique gore associé au défunt père littéraire du genre, tout le monde en rêvait. L’Ile Panorama, adaptation en manga du roman éponyme de 1927, transforme enfin cette aspiration en réalité.
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Ce paradis terrestre, création malade d’un étudiant raté que la richesse vient soudainement encourager, est le cadre parfait où célébrer le mariage de ces deux artistes rongés par les obsessions d’idéal et de beauté.
Rêves de destruction de la beauté
Ainsi Maruo, comme Edogawa Ranpo en son temps, chante depuis toujours l’éloge d’une “beauté idéale”, créée tout entière de la main de l’homme, soumise à des principes, des règles et une finalité. Par ricochet, et là leurs oeuvres s’accordent encore plus particulièrement, tous deux mettent en scène avec une pointe de plaisir pervers la destruction de la “beauté pure”, cette splendeur spontanée qui fleurit où bon lui semble, insoumise au désir des hommes comme à leur volonté.
[attachment id=298]L’île Panorama, Eden pantagruélique engendré morceau après morceau par un fou capable d’usurper l’identité d’un milliardaire pour financer son projet, ne parle que de cette dualité-là. Et Maruo travaille à la mettre en images.
D’un côté, il flatte le devenir sublime du réel. La dentelle des pétales de fleurs, la cime accidentée des reliefs montagneux, les nervures des bois les plus rares, le plumage des oiseaux exotiques… Quoi qu’il représente, l’abondance du détail dans les compositions témoigne d’une précision maniaque, d’un choix délicat et d’une rigueur qui épousent à la perfection les préoccupations esthétiques de Ranpo.
De l’autre côté, cette vision du sublime apparaît comme une perversion du réel dans le regard de la beauté pure, cette femme magnifique qui prend lentement conscience que l’homme qui se tient désormais près d’elle n’est plus celui qu’elle a épousé. L’horizon se déséquilibre, le reflet de son visage se distord sur les parois de l’aquarium… Le combat entre beauté pure et beauté idéale fait rage dans le corps même de la bande dessinée.
L’Ile Panorama, au final, manque certainement de cette perversion dans le traitement du sexe et de la violence qui fait le sel des mangas de Maruo et des romans policiers de Ranpo. Mais l’adaptation promet d’ores et déjà le meilleur pour La Chenille, plus extravagant et libidineux encore, attendu avant la fin de l’année.
L’Ile Panorama (Casterman), d’après l’oeuvre d’Edogawa Ranpo, traduit du japonais par Miyako Slocombe, 280 pages, 13,50€
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