LE FILM : Osterman Week-End (1983), dernier film de Peckinpah, n’est pas très bien considéré par les fans. Le projet – adapté d’un roman de Robert Ludlum, prolifique auteur de barbouzeries touffues comme La Mémoire dans la peau – lui fut imposé, ainsi que le casting. Une distribution d’ailleurs pas du tout honteuse (Rutger Hauer, un […]
LE FILM : Osterman Week-End (1983), dernier film de Peckinpah, n’est pas très bien considéré par les fans. Le projet – adapté d’un roman de Robert Ludlum, prolifique auteur de barbouzeries touffues comme La Mémoire dans la peau – lui fut imposé, ainsi que le casting. Une distribution d’ailleurs pas du tout honteuse (Rutger Hauer, un John Hurt impeccable, Dennis Hopper et le vétéran Burt Lancaster). Pour le grand Sam, qui comparait son boulot à de la prostitution, le film a tout l’air d’une dernière passe en forme d’impasse. Alors jugé fini par Hollywood (trop incontrôlable, trop alcoolisé, trop poudré du nez), Peckinpah était conscient qu’Osterman Week-End n’aurait pas beaucoup de succès. Il ne tournera plus ensuite et mourra en 1984. Voilà pour les faits officiels. Le héros du film – un journaliste à qui on apprend que trois de ses amis sont en fait des agents du KGB – est amené à fouiller sous les apparences. Le spectateur aussi : thriller certes parfois confus et anonyme, Osterman Week-End est en fait un baroud d’honneur. Peckinpah se retrouve un peu comme ses personnages de La Horde sauvage : acculé par un sujet sur lequel il n’a aucun contrôle et par les studios, mais debout quand même avec ses propres valeurs. Cette fois, l’ennemi aux portes, ce sont la technologie, la télévision et le devenir télévisuel du monde, comme l’illustrent les premiers plans du film, montrant un meurtre filmé par une caméra de surveillance. En bon cow-boy, Peckinpah fait de la résistance et oppose à la vidéo et aux fusils à tir infrarouge des solutions plus old school, comme arcs, arbalètes et karaté – on rappellera le précédent Tueur d’élite, étonnant film de ninjas, ces autres chantres de la violence artisanale. Peckinpah se paie même le luxe de citer un autre de ses chefs-d’œuvre, Les Chiens de paille : on retrouve une maison isolée, où la violence est susceptible de se réveiller à tout moment. Peckinpah reste donc, sous l’oeuvre de commande un peu lasse, fidèle à lui-même tout en se renouvelant : l’univers parano, la manipulation, les faits à réinterpréter et la télésurveillance ne sont pas bien sûr sans évoquer De Palma (qui essayait alors de se renouveler lui aussi avec Scarface). Mais là où l’auteur de Blow Out risque d’être fasciné par ses tours de passe-passe, Sam Peckinpah adresse un bras d’honneur au système : chez lui, la manipulation des sons et des images est un rappel douloureux du charcutage/ remontage de ses propres films (comme Major Dundee et Pat Garrett et Billy le Kid) par des studios frileux. Osterman Week-End n’échappera pas à la règle.
LE DVD Suppléments très intéressants comme un commentaire audio du film par quatre exégètes américains de Peckinpah, ainsi qu’une présentation et un décryptage très personnel d’une scène par Jean-Baptiste Thoret. Points forts : un riche documentaire sur le tournage, et surtout, le premier montage du film avant sa mutilation. La copie est passable mais précieuse, notamment pour la version d’origine de la séquence d’ouverture.
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