Un des albums les plus radicaux et incompris de l’after-punk.
A l’origine, en 1979, la boîte métallique était ronde et contenait trois vinyles, ce qu’on appelait alors des maxis 45t. Pour sa réédition 2017, la boîte métallique est rectangulaire et contient quatre CD (en plus de lithos, poster et livret dodu reprenant les coupures de presse de l’époque). Mais qu’importent les dates et la forme de la boîte : ce prodigieux brûlot, totalement incompris de son temps, demeure une œuvre sans âge qu’aucune boîte, même blindée, ne saurait contenir, embastiller.
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Une torgnole à l’histoire du rock
Dans la grande histoire de l’humanité, on ne compte plus les accidents et les rencontres avec des forces supérieures (extraterrestres, au minimum) qui ont dévié le train-train, ont propulsé la civilisation vers un autre futur. Dans l’histoire du rock, c’est ce que fit Metal Box, profitant du chaos de son temps et de sa ville – l’arrivée de Thatcher en 1979, les aftershocks du punk – pour offrir au rock secoué une torgnole autant qu’une route à suivre.
http://www.youtube.com/watch?v=HU54SnEDGBM
Et ils ne seront pas nombreux à suivre la route dangereuse, cabossée et sinueuse ouverte en ces temps de possibles par l’équipe de Metal Box – John Lydon, Keith Levene, Jah Wobble et quelques autres terroristes soniques. Effrayée par ce saut en avant, dans le néant, l’époque cria à l’imposture, à la trahison, à la provocation.
Faces B, sessions radios et mixes inédits
Presque quarante ans plus tard, à froid, on continue de s’arracher les cheveux, pour le coup plus du tout en crête, devant cette fusion à chaud, incontrôlable, toxique de punk, de free-rock, de new-wave, de dub et de kraut. “Cette pulsation déformée jusqu’au méconnaissable du dub, de disco, de rock, de musique orientale, c’est le son de mon enfance, du quartier de Finsbury Park”, nous disait John Lydon en 2014.
Il décrivait alors Public Image Limited comme une table rase de ses Sex Pistols, avant que sons et attitudes ne deviennent la norme, un uniforme. S’il fallait alors un testament au punk-rock, il était livré ici par son éminence noire, dans une boîte ronde, esprit cercueil. Metal Box, terminus, tout le monde descend : on danse ici halluciné, dans un no man’s land cramé, atomisé, toxique, sur lequel poussent en ronces douloureuses, monstrueuses des musiques sans nom, sans pedigree.
Death Disco ou Albatross restent aujourd’hui encore de vrais actes de sécession. Sur un premier CD du coffret, ce diamant noir et tranchant est remasterisé, ce qui ajoute quelques vertiges à ses dynamiques toujours siphonnées. Sur deux autres CD, documents de travail passionnants, on découvre un riche inventaire de faces B, sessions radio et mixes inédits.
Ces work in progress témoignent de la maturation raisonnée de ces compositions en strates. Ils prouvent bien à quel point avait été réfléchie, conceptualisée même, cette déflagration d’apparence primitive. Sensation de bestialité cérébrale et de violence contenue confirmée par le prodigieux quatrième CD, enregistré à la Factory de Manchester en 1979 aussi.
Une scène qui vit ces années-là les pas de danse saccadés, pareillement hagards et fondamentaux de deux des rares groupes de l’époque capables d’outrepasser le rock, d’en exploser les codes, de lui insuffler une telle tension : les locaux de Joy Division et les Américains de Pere Ubu. Sur ce quatrième CD, on n’entend pas seulement un groupe qui joue avec le feu. On y découvre un groupe qui invente le feu, se brûle avec. Et veut s’en servir pour la guerre.
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